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GemmeHommes-poireaux

Et l’accident du pot-au-feu

vendredi 6 janvier 2006, par PenOfChaos

C’est lors d’un accident magique couplé à une vengeance démesurée que naquirent les peuples des hommes-légumes, désormais voués à chercher sans relâche un moyen de retrouver leur forme originelle.

Notre histoire prend pied un peu après l’an 1000 du deuxième âge, dans la ville de Tirliouit [1]. La ville de Tirliouit n’existe plus depuis lors - elle disparut dans l’incident - mais se trouvait au sud de la Forêt de Schlipak, et l’on pouvait admirer les grands arbres depuis le chemin de ronde. Un concours particulier animait chaque année la joyeuse population des environs.

Deux auberges en effet luttaient pour le titre du meilleur pot-au-feu de la région. Le prix gagné leur assurait prospérité et clientèle cossue pour le restant de l’année, tant et si bien que c’en était devenu une véritable institution. Il faut dire que les loisirs étaient rares à l’époque en campagne, et qu’il valait mieux s’amuser à l’auberge qu’au milieu de la forêt, cela vous évitait de revenir chez vous avec un nombre impair de bras et de jambes.

Hubert Togranpiez, patron de l’Auberge des Neuf Moineaux, avait finalement conçu une si bonne recette qu’il fut pendant trois années le gagnant du trophée. Son commerce florissait pendant que celui d’Adèle Claoui (patronne de l’Auberge du Pinson Etranglé) dépérissait, et toutes ses tentatives pour améliorer sa recette demeuraient sans résultat face à l’ingéniosité culinaire d’Hubert. Ce qui n’était qu’un jeu rural devint alors une guerrilla de cuisine.

Quelques jours avant le concours annuel, Adèle fut prise d’un grand désespoir et fit venir dans la plus grande discrétion un mage demeurant à Chnafon, à 30 kilomètres de là. Elle fut aidée par le fourbe fils de la famille Chamol, lequel se destinait au métier d’assassin et fut heureux de faire ce voyage en échange d’une bouteille de poison qu’Adèle gardait pour les clients mauvais payeurs. On raconte aussi que le fils Chamol s’intéressait aux avantages mammaires de la bistrotière, mais cela ne nous regarde pas.

La patronne du Pinson Etranglé désirait jeter un sort de confusion dans l’esprit de son adversaire, pour lui faire perdre ses moyens et rater son pot-au-feu destiné au concours. Une idée plutôt innocente, quand il aurait suffit d’un piège à ours ou d’une arbalète bien maniée pour en finir avec la concurrence.

Le mage, dénommé Albas Klaspec D’Azila dont-ne-font-qu’un [2] était un débutant tout de même éclairé, il accepta le contrat et s’infiltra de nuit dans la cuisine d’Hubert, avec l’intention de jeter rapidement le sort et de repartir aussi sec. Rassemblant son énergie mystique, dissimulé dans le dos d’Hubert (lequel était fort concentré dans l’épluchage des navets), il se prit la manche dans un hachoir accroché au mur, lequel tomba sur son pied en tranchant 3 orteils. Sous l’effet de la douleur, il recula en glissant, s’empalant la cuisse sur un crochet, il se rattrapa à une bassine d’huile de friture bouillante dont le contenu se déversa sur une moitié de son corps, et finalement se prit un coin d’étagère derrière la tête. Hubert fut surpris, mais moins que le mage, tellement perclus de douleurs qu’il jeta à la face du monde une bordée d’imprécations étranges, qui se mélangèrent au sort en créant échec critique de type "dérivation entropique" [3]. Il y était question de "putain d’pot au feu d’merde", de "bordel de cuisine de chiotte de mes deux" et de noires pensées envers la race humaine. Le sort ainsi obtenu enveloppa la ville, fit fondre les maisons et transforma les habitants en homme-légumes bourrés de mutations étranges. Nul ne sait ce que devint Hubert. Le mage ébouillanté fut massacré par les habitants, car il l’avait bien mérité.

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Homme-Poireau
Illus. Guillaume Albin

Depuis ce temps, les hommes-légumes vivent en clans dans la région, cachés, tentant de retrouver leur forme humaine. On a dénombré des hommes-patates, des hommes-poireaux, des hommes-navets, des hommes-carottes, et semble-t-il aussi des hommes-oignons à l’haleine dévastatrice. Les érudits qui ont tenté d’en savoir plus ne sont jamais renvenu.

On raconte que les hommes-poireaux, par exemple, sacrifient les humains dans un rituel de pot-au-feu géant et se méfient de tous les autres mutants. Mais ce ne sont probablement que des légendes !


Note de Runegui : Les Hommes-Patates

Les homme-patates sont une des phyto-ethnies les plus étranges de la région de Tirlouit. Contrairement aux autres hommes-légumes, les homme-patates manifestent les prémices de la civilisation. Ils ont une grande maîtrise des arts et techniques, notamment dans le domaine de la musique et de la forge ; parmi les mélomanes avertis, "jouer du luth comme une patate" est un sincère compliment.

Les homme-patates, étant des tubercules, sont profondément tournés vers leurs racines. Chaque patate appartient à une illustre famille (Binje, Rate, Margode, Charlotte...) dont il peut faire remonter l’histoire jusqu’au grand cataclysme... leur société illustre parfaitement cet attachement aux valeurs de la tradition : raffinée, structurée mais rigide. Chaque Patatoïde se doit au groupe entier, que ce soit la famille, le clan et la race, avec une grande notion du sacrifice de soi ; la raison est toute simple : ne se reproduisant pas par germination, ils choisissent délibérément de se sacrifier en s’enterrant dans de grands tertres de terre ; en l’espace de quatre mois, des dizaines de jeunes patatoïdes peuvent être extraits de la glèbe hostile, assurant la continuité de l’espèce.

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Homme-Patate
Illus. Guillaume Albin

Leur société est loin d’être aussi militariste que celles des autres homme-légumes ; ils confient leur destin militaire aux Bushi-imo, une classe de guerriers-patates nobles mais relativement peu nombreux, dirigés par un Daimyô-imo, genre de suzerain suprême. Les Bushi-imo sont lourdement armés et protégés, et sont raisonnablement mortels en combat rapproché comme à distance. Toutefois, limités par le Jagaimo-do (code d’honneur suprême de la patate), les Bushi-imo ne sont pas adaptés aux opérations secrètes. Pour cela, un corps spécial recruté parmi toutes les classes sociales et exempté de ces règles difficiles est formé et déployé en secret : les ninjagaimo. Spécialistes de l’épluchage, ils bénéficient d’un équipement inventif et mortel (presse-purée, éplucheurs de combat, rape à céleris etc...) pour mener la guerre pour le grand pot-au-feu loin derrière les lignes ennemies.

Biologiquement, les homme-patates sont très avantagés. Leurs membres, assez cassant, peuvent repousser naturellement à l’air libre en moins de 2 semaine, si la température est douce. L’exposition prolongée à la lumière du jour les fait verdir, rendant leur chair toxique pour les mammifères. Ils résistent bien aux chocs, aux coupures et peuvent même survivre et cicatriser après s’être fait couper en deux. Ils ont toutefois de grandes faiblesses :

- ils sont vulnérables à toutes les attaques de champignons et moisissures et survivent mal dans les climats humides et froids, où le mildiou est courant.

- Le froid ralentit leurs facultés de régénération.

- L’huile bouillante leur cause une peur panique.

- En veillissant, les homme-patates deviennent fripés et mous, jusqu’à l’impotence. Ce vieillissement est accéléré par l’usage répété de leurs facultés régénératives.

Consommés dans le grand pot-au-feu, les homme-patates sont simplement délicieux. Attention aux patates vertes ! Leurs toxines provoquent de graves arythmies cardiaques.


Note de Runegui : Les hommes-Kawott

Une autre phyto-ethnies de la région de tirlouit dont il est assez rarement fait mention : l’homme-kawott, ou homme-carotte en langue fanghienne commune.

Les homme-Kawotts sont les plus civilisés des homme-légumes. Ils vivent dans les plaines sablonneuses et ont reconstitué un mode de vie médiéval classique, construisant de gros châteaux forts autour desquels se répandent leurs villages de pierre et leurs champs. Malgré leur avancée technologique, les Homme-Kawotts sont terriblement communautaristes et tendent à vivre retranchés sur eux-même, méprisant l’étranger de passage et chassant tout autre légume de leurs terres, même d’autres Homme-Kawotts. Ce repli a entraîné la déformation progressive de leur langue, évoluant vers un patoi bizarroïde dérivé de la langue commune — tous les homme-kawotts parlent comme s’ils avaient un torchon collé au palais, avalant les R, crachant les Z entre leurs dents et renversant le sens de toutes les propositions dans la phrases, sans oublier tout un tas d’expressions bizarres et de mots incompréhensibles. Faire la causette avec un Homme-Kawott est un excellent moyen de se donner la gueule de bois à peu de frais.

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Homme-Kawott
Illus. Guillaume Albin

Exemple : "Bonjour monseigneur. Je cherche une auberge tranquille et accueillante pour boire un godet et trousser une ribaude" deviendrait : "Hello milôd, Je chewche un tWanquille et accueillant Bed&Bweakfast pour le tea-time et peut-êtWe avoiW un peu de human contact — ifyouknowwhatimean !"

Biologiquement, les Homme-Kawotts sont dans la moyenne des homme-légumes ; assez grands, pas particulièrement balèze ou costaud, mais résistants aux chocs et aux armes perforantes. Les armes tranchantes légères sont aussi peu efficaces, mais les armes effilées et/ou lourdes ont des effets dévastateurs. Les Homme-Kawotts cicatrisent bien mais ne régénèrent pas comme les homme-patates, avec qui ils sont en compétition pour les meilleurs terrains à bâtir. Ils sont également Asexués, se reproduisant par graine dans des terrains étroitement surveillés et et défendus par la communauté. Un jeune est mobile après 1 mois, mais doit rester planté 4 mois pour atteindre sa taille adulte. Un homme-kawott peut vivre 45 ans s’il reste à l’écart des prédateurs.

Les Homme-Kawotts font la guerre à tous les homme-légumes qu’ils peuvent trouver, mais doivent faire face à des fléaux plus grands et plus pernicieux, rongeant le coeur de leur société par la racine (cônique) : le lapin. De mémoire d’Homme-Kawott, le lapin et autres rongeurs des plaines a toujours été le pire fléau imaginable, détruisant des hectares de jeunes Homme-Kawotts incapables de se défendre et s’introduisant dans les maisons pour estropier les adultes. On raconte au coin du feu l’histoire de "la Bête" de Tirlouit, un Lièvre mutant de 150 livres qui a tué et dévoré des centaines d’homme-kawotts avant d’être finalement abattu et naturalisé par un vaillant chasseur. Il est donc courant de trouver des bandes d’homme-Kawott armés patrouiller les plaines ou organiser de grandes battues au lièvre.

Les armes de prédiliection des homme-Kawotts sont la lance de fantassin et l’arc long, ainsi que les épées courtes à double-tranchant. ils portent peu d’armure (seulement des cote de maille pour les nobles, parfois du cuir) et montent parfois des taupes géantes au combat, qu’ils nourrissent de lapins ou de blattes géantes.

Dans le grand pot-au-feu, les homme-Kawott consommés donnent bonne mine, augmentant le charisme de 1 point pendant six mois. Une surconsommation peut entraîner l’étrange malédiction du ’Poil-de-Kawott’, qui change les humanoïdes en rouquins boutonneux. Aucune cure n’est actuellement connue contre cette maladie magique.


[1Dont le nom fut tiré de la grande quantité d’oiseaux vivant en lisère de la forêt de Schlipak - ils ne s’aventuraient pas trop loin à l’intérieur à l’époque...

[2La signification de ce sobriquet demeure encore floue, mais il semblerait qu’il avait souvent les deux pieds dans le même sabot, métaphoriquement parlant

[3Lorsqu’on foire un sort, souvent ça ne fait rien. Et c’est tant mieux. La dérivation entropique est un sort tellement foiré qu’il génère un nouveau sort venu de nulle part, dont les effets peuvent varier de tout à n’importe quoi. Et parfois, un tel sort peut affecter cruellement votre entourage.